A propos de Shehrazade in Baabda, de Zeina Daccache

De par le monde, le cri des femmes, désormais, de plus en plus se fait entendre après des siècles de silence forcé... d'où ce sentiment très fort d'être soeurs au-delà des différences culturelles. Pas de revendication autre que celui d'exister, en tant que femme, êtres entier, libre de ses choix, de ses pensées et de sa façon d'être. Ce besoin intrinsèque d'être vie et non pas seulement réduite à la donner. Mon amie Maya  savait ce qu'il en était, femme jusqu'aux bouts des ongles qu'elle avait longs, mais cela n'a pas suffi à lui donner l'envie de poursuivre son chemin de vie qui eût mérité d'être beaucoup plus long. Elle me manque bien qu'encore vivante en mon coeur, la belle libanaise aux longs cheveux... Et puis cette résonance en moi de Schéhérazade...

Fran Nuda






Hier après-midi, dans le cadre du festival du film méditerranéen, a été projeté pour la seconde et dernière fois le documentaire bouleversant de la libanaise Zeina Daccache : Shehrazade in Baabda ou Shehrazade à Baabda. Le documentaire relate le travail de thérapie théâtrale qu'a entrepris la réalisatrice auprès de détenues libanaises. 
Elle a suivi ces femmes pendant un an à l'issue duquel, ces détenues, de différentes générations et de différentes confessions, ont présenté une performance théâtrale nourrie de leurs témoignages de vie souvent poignants. Des histoires de violence, d'abandon, de viols, de drogues. Des histoires de princesses piégées par des loups.
Des chemins qui se croisent dans la noirceur. Et pourtant au cœur de ces femmes jaillit une reine à la beauté insoupçonnée, aux couleurs du printemps naissant ; n'est ce pas leur rêve qui a été en partie abouti : naître à elles-mêmes en tant que femmes, dans leur corps de femmes, dans leurs rêves de femmes, dans leurs secrets de femmes. Même criminelles, le regard que la cinéaste pose sur elles reste tendre et empathique. On est loin de la morale sirupeuse des croyances religieuses. Tant et si bien que bravant le qu'en dira-t-on, ces femmes se sont dévoilées courageusement, le visage découvert : le pire est derrière. Shehrazade est celle qui a trompé la mort par le pouvoir de ses mots. Toutes les Shehrazade de ce film sont des ressuscitées du verbe.
J'ai été émue par leurs histoires, étonnée par leur niveau de langue, attendrie par leur humour, leur complicité.
Voilà qu'une bigote voilée qui danse avec grâce et sensualité: " la danse n'est pas un péché dit-elle. C'est une façon d'exprimer des sentiments refoulés. Mon corps danse de lui-même avant même de marcher." Elle qui n'a jamais eu de maison. Elle qui considère que la prison est le seul toit qu'elle n'ait jamais eu.
Une autre arrêtée pour meurtre mais non condamnée qui essaie de voir dans cette épreuve une leçon que son Dieu veut lui enseigner :" je le sais qu'ici je dois apprendre quelque chose, mais parfois je lui dis : Seigneur, je reconnais ta sagesse, mais vous auriez pu m'envoyer dans ce lieu pour une inculpation plus simple: un meurtre c'est lourd à supporter "
De belles femmes malgré leurs blessures, leurs corps lacérés, brûlés, battus, violés, meurtris. Leurs corps de mères malgré l'abandon, la séparation, l'oubli. leurs corps d'amour.

dans leur visage
le mien en filigrane
si loin la mer

 Rubrique écrite en son temps par Maya Y.

Commentaires

  1. Superbe présentation. Très poignant

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  2. Superbe ton texte d'introduction Fran et le visionnage de cette vidéo est formidable. Que toutes ces femmes osent enfin se montrer à visage découvert est un événement en soi. Ces femmes qui ont subi l'indicible devraient nous servir d'exemples pour leurs combats contre les discriminations faites à notre sexe. Même si crimes elles ont commis,cela ne vaut aucune torture,aucun viol, aucune lâche exécution des barbares qui leur servaient de gardiens.
    Quand nous femmes comprendront nous qu'elles sont nos soeurs ?
    Bravo et merci Fran pour nous avoir montré ce que notre esprit refuse de voir vraiment !

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  3. Merci pour ton regard et ton com, Patricia

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  4. De quoi sont elles faites ces femmes ? Quelle force trouve encore le chemin pour leur permettre de s’en sortir , fières, têtes hautes, à travers des corps meurtris , viollés , dévastés et de nombreuses pertes autour ....
    la gente féminine restera Le Modèle, mere courage , et l’avenir .

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    1. Et pour avoir de ton côté vécu l'invivable autrement tu appartiens au clan des mères courage et ô combien. Porte-toi fière de qui tu es.

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  5. merci Fran de nous faire découvrir ce récit accompagné de cette vidéo très poignante avec cette rubrique de la regreté Maya Y

    cet horizon au loin de l emprisonnement de ces femmes aux crimes qu elles ont commises parfois pour leur liberté ou leur vie dans ces nuages gris ou le vent entraîne leurs gémissements par des murmures silencieux aux tourbillons de douleurs ou la haine de leurs bourreaux les conduit à tes sentences injustes ....
    je terminerais par un écrit d une femme alghane
    " je suis comme une tulipe dans le desert ,je meurs avant de m ouvrir et la brise du desert éparpille mes pétales"...

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    1. Merci beaucoup Lyly de ton com et quelle belle et triste phrase de cette femme afghane et comme elle sonne juste, tristement juste.

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  6. Merci Fran pour cette superbe présentation.Quel courage elles ont ces femmes.

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    1. Oui uel courage ! Merci Patsy de passer par ici😘

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  7. Bonjour Fran, Bonjour toutes, Je suis bouleversée par cette vidéo que je découvre….et je me pose la question : étant donné les conditions de détention épouvantables, que sont devenues ces femmes depuis 2012, tournage du film ?... Des femmes courage.
    Liliane, merci pour le partage de ces mots écrits par une femme afghane, mots qui nous émeuvent ++.... Oui, comme tu l'as écrit, Fran, cette phrase est belle et triste…
    Et de plus rubrique écrite par Maya…
    Merci Fran pour ce partage qui nous force à ouvrir les yeux, à sortir de notre bulle de confort, si je puis dire ! Soiz (((-_-)))





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  8. Très heureuse de te lire de nouveau ici. Oui voici une rubrique aussi émouvante que cette vidéo et puisse notre regard participer à une prise de conscience plus large. Merci de ton bien beau et sincère commentaire.

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