Le Beau, l'Amour et l'Inachevé... Passagère du silence,F. Verdier et Syl Peintre

Le Beau... comme une nécessité, celle du coeur et de l'esprit, la source même de l'Art... l'intelligence spontanée de la Vie... Comment ne pas penser, notamment, aux Arts Premiers ? Mais partons en Chine avec Fabienne Verdier, Passagère du silence, titre du livre dont voici un extrait, certes pas très récent mais atemporel... tout quitter du jour au lendemain pour aller chercher, seule, au fin fond de la Chine communiste, les secrets oubliés de l'art antique chinois... était-ce bien raisonnable ? De cette expérience unique sont nés ce témoignage et une oeuvre personnelle fascinante qui marie l'inspiration orientale à l'art contemporain. Cette toile de Syl peintre, hors de sa zone de confort, dit-elle, m'a paru en résonance avec ce qui est dit ici de la peinture ; ça n'engage que moi mais c'est ainsi ! Il y a ici du naïf et de l'enfantin, une fraîcheur, avec toutefois un supplément d'âme qui nous entraîne dans l'incommensurable... Et si c'était vrai ?

Fran Nuda



Passagère du silence, extrait, de Fabienne Verdier

" Le beau en peinture, selon l'enseignement des vieux maîtres, disait maître Huang, n'est pas le beau tel qu'on l'entend en Occident. Le beau, en peinture chinoise, c'est le trait animé par la vie, quand il atteint le sublime du naturel. Le laid ne signifie pas la laideur d'un sujet qui, au contraire, peut être intéressante : si elle est authentique, elle nourrit un tableau. Le laid c'est le labeur du trait, le travail trop bien exécuté, léché, l'artisanat.

Les manifestations de la folie, de l'étrange, du bizarre, du naïf, de l'enfantin sont troublantes car elles existent dans ce qui nous entoure. Elles possèdent une personnalité et une saveur propres, une intelligence. Ce sont des humeurs qu'il faut développer. Toi, en tant que peintre, tu dois saisir ces subtilités. Mais l'adresse, l'habileté, la dextérité qui, en Occident, sont souvent considérées comme des qualités, sont un désastre, car on passe à côté de l'essentiel. La maladresse et le raté sont bien plus vivants. "

Au cours de nos exercices, à quatre mains, quand je disais que j'avais perdu la partie, raté mon trait, il éclatait de rire : " Le raté n'est pas mauvais du tout. la faiblesse peut même être d'une élégance folle. La maladresse, si elle vient du coeur, est bouleversante. ce que tu viens de faire là est bouleversant. La maladresse peut même constituer l'esprit du tableau. Si l'expression est sincère, elle habitera forcément l'esprit qui la contemple. Garde le côté cru, la fraîcheur dans le rendu. Les légumes crus qui conservent leur saveur sont meilleurs et plus nourrissants que s'ils sont mijotés en sauce et longuement préparés. Il faut oeuvrer à la fois avec liberté et rectitude."

Il était difficile de le suivre ; il disait une chose et son contraire le lendemain. Son enseignement n'était jamais un discours, une démonstration, une théorie. Il procédait par touches, à la fois opposées et complémentaires, pour que, peu à peu, je parvienne de moi-même à l'équilibre. J'avais l'impression qu'il m'apprenait à marcher sur une corde raide, comme un funambule.

" Il s'agit de suggérer sans jamais montrer les choses, disait le maître. L'ineffable, en peinture, naît de ce secret : la suggestion. Tu dois parvenir à saisir cet état, entre le dit et le non-dit, entre l'être et le non-être. [...] Il faut de le discontinuité dans la continuité du trait. La danse du pinceau dans l'espace laisse des blancs pour permettre à celui qui regarde de vivre l'imaginaire dans le tableau, d'aller découvrir le paysage seul, par la suggestion, sans trop en dire, pour faire jaillir la pensée. Si tu tentes d'achever une oeuvre, d'enfermer une composition, elle meurt dans l'instant." Je pensai alors à cette idée de Jankélévitch : " C'est dans l'inachevé qu'on laisse la vie s'installer."
" Si on tente d'achever le tableau, disait le maître, il meurt. On rajoute toujours un coup de pinceau en trop. Recherche sans cesse et sans répit le singulier, l'insolite, détruis les frontières ou catégoriques esthétiques forgées par nos cultures et n'aie pas peur de paraître folle ou excentrique car il s'agit de retrouver les mille et une manifestations de la nature des choses. C'est primordial pour la recherche d'un peintre. Oublie aussi toute la métaphysique de la peinture ! "

 A voir pour en savoir plus sur Syl Peintre :

 

Commentaires

  1. Quelle beau cadeau mon amie et quelle leçon nous est donnée par Mr Huang .... il a tout compris lui et toi aussi . Ce n’est pas une toile ordinaire, elle n’est pas la pour être jolie , elle parle ... de réels sentiments d’amour impossible , mélange de style et de monde dans ces 2 personnages . Certains n’y verront qu’un personnage peint de façon enfantine , d’autres peut être un homme de dos ? Et puis un cœur .... l’élément essentiel de la toile .
    Je ne sais pas très bien expliquer mes toiles et le pourquoi ... juste faire passer une émotion ... alors que toi ma cop tu es divine dans ce domaine. Très touchée je suis . Merci 💕

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    1. L'essence-ciel vient de toi et de ta toile... Moi je n'ai fait que le mettre en résonance avec cet extrait....😘

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    2. Encore une fois tu as raison maîtresse , mais bon désolée de te le dire mais tu as fait une faute d’orthographe, pas de sens , mais de vocabulaire : ça s’écrit : les sens ciel .... quoique peut être en 1 seul mot :: l’essentiel. Je Sais plus du coup 🤔 mais surtout pas les sans ciel 😱

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    3. Je ne vois aucune faute car pour moi c'est toujours " l'essence-ciel"... ;)

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  2. J'adore cet extrait de Fabienne Verdier, Maître Huang dit des choses qui me paraissent évidentes à moi qui ne suis pas artiste ; cependant je ressens que ses recommandations correspondent à des questions que je me pose, sans pouvoir les exprimer clairement.
    Laisser la suggestion et l'imaginaire construire l'âme d'un tableau me plaît bien.
    Bravo pour ce partage Fran et merci à Sylvie pour son tableau qui donne prétexte à
    découvrir "La passagère du silence".😘

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    1. Tout le livre est vraiment très intéressant. Je l'ai depuis l9ngtemps mais j'ai toujoursl e même intérêt à le lire et le relirre.

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  3. Merci pour ce partage . Vision très intéressante de Maître Huang.Bravo à Sylvie pour cette toile qui laisse place à l'imagination.

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    1. Merci de passer par là Patsy... Un livre à lire, vraiment quand on s'intéresse à la peinture

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    2. Bisous notre fidèle canadienne

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  4. Merci pour la découverte de ce texte et auteur Fran ! Je vais approfondir... Tes mots sur la toile de Sylvie sonne juste...

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    1. Ah merci de passer par là... En même temps c'est ta cop, Sylvie, tout de même...😘😄... Oui un livre à lire, je me répète mais il y a beaucoup à prendre dans ce livre, surtout pour un peintre

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    2. Bin oui je l’ai dit aussi ! Bcp a apprendre et à comprendre mais merci Thierry . Bises vs 2

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  5. Oui belle leçon de jugement de maître Huang très intéressantes et enrichissantes les réactions de Fabienne Verdier accompagné de la toile de Sylvie Lorinier qui n est pas si enfantines au contraire elle reflète des émotions ,de l amour parfois impossible qui font mal ,elle nous conduit à la découverte
    Merci Fran pour ce partage entre ces mondes

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    1. Oui Lyly je ne voulais pas faire de l’enfantin, mais du chargé léger en émotion , merci bcp 😘

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  6. Voilà tout est dit. S'il faut prendre garde au coup de pinceau de trop, il faut que je fasse attention au mot de trop qui risque de mettre à mal cette toile et ce texte. C'est pour ca que je ne rajouterai rien à ce qui a été dit plus en avant mais que je fais mien.

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    1. Bien d’accord mais des fois y’a pas que les mots en trop , pas de mots du tout c’est pire . Ds ce texte et cette toile rien a ajouter en tt cas . 😉

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  7. Magnifique leçon illustrant à merveille cette toile de Sylvie. Ces mots je les ai entendus, rabachés par un autre maître, bien souvent incompris par ailleurs. Il est difficile souvent de savoir s'arrêter en peignant, où se situe le coup de pinceau en trop, celui qui va faire tout basculer. Un apprentissage de chaque jour. Le regard de l'autre qui fait vivre une toile, merci à toi Fran qui sait si bien regarder et à toi sœurette qui sait si bien nous amener à la réflexion par le biais de tes pinceaux et couteaux

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  8. Merci à vous d'être passés par là, amis artistes-peintres notamment et d'avoir été sensible à ce texte... d'autres du même ouvrage viendront certainement de nouveau alimenter ce blog tant ce livre résonne de vérité et de beauté.

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