Le doux désir du Deux : l'illusion, l'autre, Fran Nuda, essai

Le doux désir du Deux... Un essai poétique écrit voici déjà plusieurs années et peu importe car je le pense hors du temps encore pour quelques temps... ne désirant plus publier mes écrits, je choisis de les mettre ici, dans la mesure du possible et possible, ça l'est pour ce tout petit livre qui pourtant en dit long à chaque mot. Je me suis dit que notre période de confinement pouvait être particulièrement propice à sa lecture. Il se présente mot à mot, car j'ai laissé venir chaque mot qui me venait quant à l'idée du Deux et de son désir pas toujours raccord. Puis, j'ai sur un seul et même modèle que je me suis imposé quant à la forme, j'ai déroulé le fil de chacun de ces mots... voici les 2 premiers mais chacun peut se lire indépendamment et dans un ordre autre. Je vous le présente comme dans ce livre qui n'est plus édité et dont il ne me reste que 2 ou 3 exemplaires.

Fran Nuda


L'illusion


Enfant distant qui se fond dans les plis doux de ses rêves qui jamais ne le quittent, lui qui fuit le monde des Grands, pour celui de la lune. Le regard absent, il s'ennuie, c'est inouï, la nuit. Il se fabrique un monde à lui dans lequel il brille et pétille, telle une jeune brindille dans le feu ardent de la vie. Il rêve à ce que sera sa vie, il rêve à ce puits d'amour d'un futur Deux, seul, sur son nuage rose.

Enfant de la lune blotti chaudement dans ses rêves !

Des rêves grandiloquents, des rêves d'amour toujours, des rêves de gens heureux, des rêves tout bleus, dans le ciel léger et lumineux. Perché au plus creux de cette illusion d'optique, l'enfant de la lune espère l'autre, longuement, tendrement, dans l'insouciance de l'enfance. Il attend patiemment ce temps d'amour qu'il devine au fin fond de son cœur. Il imagine...

Tourné vers le ciel, l'enfant-lune visite la voie lactée !

Il a perdu la clé du sol pour prendre place, grâce au langage, parmi ses semblables. Il erre dans l'espace vide de ses rêves. Dans un dernier  espoir, il tente une amorce sur le terrain miné du langage qui se joue du sens, tant les mots sont tronqués et l'enfant trompé. D'une pichenette, d'une pirouette, il reprend  le chemin de l'illusion, loin de toute raison qui lui ferait quitter ce monde sien.

L'air de rien, l'enfant-lune s'évade !

Il visite le tréfonds de son âme, y puise la force de vie nécessaire quand au pays du Deux, il chutera dans l'angle obtus de l'autre ; cet autre tant rêvé, trop rêvé pour désormais le rencontrer. Cet autre, aux blessures multiples, au point de le confondre, lui, l'enfant-lune, à tant de girouettes, à tant de mots lancés comme des billes qui déstabilisent, au risque d'y perdre tout bon sens.



 L'autre

 De quel autre s'agit-il ? S'agit-il de celui qu'on rejette car trop contraire à soi, l'autre inconnu qui surprend, effraie ou enfin, l'autre tapi au plus profond de soi dont on ignore tout ? Comment savoir qui je suis parmi tous ces autres qui me regardent différemment, suivant ce que je suis pour eux ? De quels autres suis-je, un temps, la représentation ? Comment ne pas s'y perdre ?

Si JE est un autre, quel est ce JE ?

L'autre premier venu dans un appel du pied qui oblige à exister, face au regard bienveillant de la mère qui accueille ce  petit, différent, sorti droit de son ventre. Au fil du temps,  chacun s'impose, tente d'être moins dépendant du manque déjà présent. La vie oblige à quitter la gousse,  à s'exposer au regard de milliers d'autres sans autre protection que ce regard bienveillant que lui tend la mère et sans lequel il n'est rien.

Comment faire quand le bât blesse à ce point ?

L'autre comble le vide abyssal d'une vie laissée en jachère, tant il est difficile de savoir être heureux, seul. L'autre devenu nécessaire, indispensable, prend place dans cet espace trop grand pour l'un, peu fiable, si friable ;  cette vie devenue fade et sans but pour celui qui se dévoue à l'autre, faisant don de ce qu'il n'a pas, mais qu'il voudrait offrir, pour sortir l'aimé(e) des sables mouvants de son existence.

L'abnégation déguisée de la faille !

Ce lien pervers qui lient deux êtres qui se cherchent, qui se reconnaissent, dans leur commune détresse. Quel vide vient-il combler ? Pourquoi ce besoin, cette obstination à vouloir le bien de l'autre ? A quelle histoire renvoient-t-ils ? Pourquoi tant de questions au jeu de la vérité ? Quelle est la blessure que ce don cache ? Combien encore de temps et de questions nécessaires ?

        
Voir aussi sur ce blog  :

Le doux désir du Deux, Fran Nuda, essai, retours de lecteurs  et l'extrait choisi de promotion




Commentaires

  1. J’ai ce livre et je l’ai lu en plus 😉, au moins 2 fois ...
    pourquoi l’envie de l’autre , ce besoin, cet amour qu’on recherche , à vrai dire pourquoi même se poser ces questions , cette soif ou faim existe , cette quête ... enfant ou adulte , elle ne cesse.
    Comme si pour exister , on ait le besoin d’être deux .
    Merci Fràn 😘

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    1. Merci Sylvie de l'avoir, je vois, vraiment lu et de nous donné ici ton ressenti😘😊

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    2. Tu sais Fràn ce n’est pas pour te flatter , mais je trouve que tu devrais te faire bcp plus d’hommages, tu penses trop à en faire aux autres ... mais c’est une de tes qualités aussi 😉😘

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    3. Bah je préfère en recevoir des autres comme tu le fais ici plutôt que me congratuler seule face à ma glace... Même e n période de confinement.😘😂😂😂😂😂😂😂

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  2. Un livre que je me suis régalée à lire et à relire.Merci pour cet essai poétique.

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    1. Merci Patsy. Je vais le mettre ici en entier avec j'espère un partage de réflexion ou de ressenti ou autre en fonction des mots. Encore merci de l'avoir lu.😘😊

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  3. Lu, relu et merci pour ces partages d'extraits et de réflexion en cette période de confinement où même les neurones semblent parfois endormis. Un grand plaisir

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    1. Merci Nicole... Lu et relu... Un ressenti, une reflexion selon les mots ? 😘😊

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    2. Cette quête incessante peut-être parce que nous existons uniquement par le regard de l'autre, comme une toile.

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  4. Personnellement je n'ai pas lu ce livre. Mais j'ai apprécié les extraits proposés et les retours de tes lectrices. Mais qui est l'autre? Vraiment ...

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    1. Merci. Tu vas pouvoir le lire ici mot à mot, comme je l'ai écrit et publié...😘

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  5. Je decouvre ton livre avec un réel plaisir.Je t'avoue que je dois lire et relire tes textes pour en saisir toute la substance tant chaque mot est chargé de sens.Ce premier Deux ,l'illusion et l'autre me laissent à penser que toute notre vie de l'enfance à l'àge adulte,nous nous cherchons.L'enfant voudrait continuer à vivre dans sa petite bulle, bercé de rêves mais en même temps pour grandir il a besoin de l'Autre,comme si exister ne pouvait se faire qu'à travers l'Autre.Je pense que pour se construire, nous avons besoin d'appartenir en premier lieu à une famille, elle permet d'ancrer ses racines pour pouvoir ensuite aller de l'avant.Ensuite au cours de notre vie, nous irons vers l'Autre plus facilement ,libre dans nos choix,pour s'enrichir de sa différence et non pas aller aveuglément vers un Autre, juste pour ne pas sombre dans notre propre abyme.Je ne sais pas si je suis tres claire dans mon analyse car je n'ai pas ta plume, plume qui amène à beaucoup de réflexion.Merci Fran,je vais continuer ma lecture...

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    1. Très touchée par ce long commentaire qui donne à entendre une part de toi. très heureuse de te faire découvrir ce petit livre dont en effet chaque mot est pesé et voulu ainsi. Dire beaucoup en peu de mots et au lecteur de le compléter dans les interstices, comme tu le fais. Merci beaucoup de ce partage, Joëlle.

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