Jeux de plage, toile de Yves Le Cunff, haïbun de Fran Nuda

Parfois la vie nous joue des tours, comme l'écriture d'ailleurs... Me voici engagée, dans le cadre d'un salon du livre à Chateaubriant, dans un échange de regards : un artiste-peintre choisit un titre d'ouvrage pour réaliser une toile, et un auteur écrit un texte sur la toile de cet artiste sans l'avoir préalablement choisi, la primeur étant donné à l'artiste-peintre, et pour moi, ce fut Gilles LE CUNFF,  pas du tout adepte du numérique. La rencontre s'est  donc faite en direct, rapidement, hop, photo de la toile. Je pense que ça va être facile en fait. Mais lorsque les premiers mots me vinrent, l'image d'une maman s'imposa. Quelque peu décontenancée, je laisse faire les mots - haïbun -  prose et haïku - vient de lui-même, alors que je ne suis pas adepte de ce type d'écriture,le haïbun. Toutefois, je doute de ce texte sorti d'un seul jet. Quelques temps plus tard, je le fais lire à ma fille en lui montrant la photo du tableau et voir si la maman pourrait être la jeune fille. D'après la photo du tél moins claire que la toile, pour elle, aucune réserve, ça le fait. Alors, c'est bon, ce texte sera celui-ci sorti de je ne sais où, comme si souvent l'écriture lorsqu'on se livre à elle. Mais quand, au Salon, Gilles me raconta l'histoire de ce tableau, tout prit sens...

Fran Nuda



Sur la plage presque déserte, la lumière éclatante du jour invite au bain de mer et autres plaisirs  nautiques. Pourtant les touristes ne sont pas encore de saison. Seul quelques habitués du coin goûtent les derniers instants de vérité naturelle d'une plage bientôt recouverte de draps et maillots de bain en tous genres.

quiétude du jour ~
de la maman à sa fille
ce tendre regard

Assises face à face, comme sorties d'un film des années passées, couvertes malgré la chaleur écrasante, elles jouent ; seules au monde dans l'immensité de cette plage qui les absorbe. Comme le ferait un peintre à la vue de cet échange de tendresse autour d'un château de sable. Trois fois rien, en somme et pourtant...

cet artiste peintre ~
sur la toile vierge
l'amour maternel prend corps

Fran Nuda, Haïbun : prose et haïku


Gilles LE CUNFF, dessin réalisé à partir du titre de l'ouvrage
Haïbun de Fran Nuda, à partir de la toile, Jeux de plage, sans en connaître l'histoire et pourtant...


Voici l'histoire de cette toile racontée par Gilles, très ému et scotché au reçu de mon texte. Cette toile fut peinte un jour d'été où la plage était bondée, mais Gilles repère un peu plus loin, isolées, deux jeunes filles, paisibles, jouant sur la plage. Et l'envie de fixer cet instant paisible lui fait sortir ses pinceaux. Les parasols ont été rajoutés pour les besoins de la toile en soi, me dit-il. Puis, un jour, il offre cette toile à sa maman, malade et devant rester chez elle. Très heureuse de ce cadeau, elle lui confie qu'elle ne cesse de la regarder, chaque jour, avec beaucoup de plaisir car ça lui rappelle ces bons moments passés avec ses soeurs au bord de la plage. Maman qui, depuis, est décédée. A mon tour, d'être à la fois émue et scotchée, mais aussi profondément touchée par ce mystère de l'écriture, une fois de plus révélé, si je puis dire... Tout s'éclaire et tout est bien, même si j'eus aimé que sa maman lise mon texte.

Il m'a fallu l'assentiment de ma fille, pour agréer cette image de maman que je sentais incontournable mais peut-être pas si acceptable par ceux qui liraient le texte accolé au tableau. Et il m'a fallu celui de Gilles pour réaliser à quel point la présence de sa maman inondait ce tableau comme si j'avais reçu en plein coeur les sentiments qui l'animait, lui, à l'instant où il me le donnait à voir. Je ne saurai jamais, en fait, mais quelque chose a circulé, quelque énergie qui nous dépasse, car je ne connais pas Gilles que je n'ai, d'ailleurs, jamais revu. Et avec qui, en dehors de cette histoire, j'ai peu partagé pendant ce Salon du livre.

Nos sensibilités se sont croisées, le temps de cet échange, pourtant réalisé seul, chacun, dans notre coin. Ce n'est pas la première fois que le mystère intrinsèque de l'écriture frappe à ma porte. Et je tenais à en témoigner particulièrement dans cet exemple pour l'étrangeté de cette rencontre ne reposant sur aucun lien réel dans la vie.

Fran Nuda




Commentaires

  1. Merci Fran pour ce partage.la sensibilité du peintre et celle de l'écrivaine sont au diapason.Bravo à vous deux.

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    1. Si bien dit, merci Patsy de t'y être penchée😘😊😍

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  2. Magnifique toile accompagné de ses mots ou la tendresse l amour et même un peu de nostalgie qui s y installe envois à travers ses lignes une émotion par Mr Gilles le Cunff qui émeut nous conduit à tes souvenirs personnels
    Merci Fran pour ce bel écrit et btemoignage comme à ton accoutume
    Potselui ❤️
    Marwychkka lyly

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    1. Merci Lyly de t'y être arrêté, mais pas de souvenir personnel ici si ce n'est une réceptivité de ma part de l'émotion tue par le peintre lors de notre très brève rencontre. Un mystère...😘😊

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  3. Je vais faire simple peut être parce que c'est dimanche. Ce tableau et le texte de Fran sont faits l'un pour l'autre et sans l'autre l'un ne pourrait exister de la même façon à mes yeux de néophyte
    Bravo à toi Fran et à Gilles Le Cunff pour cette superbe réalisation toute en douceur d'un temps révolu 😘

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    1. Ouah, tu nous gâtes... Merci pour ce regard, Patricia😘😊😍

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    2. Merci Fran de m avoir répondu est toutes mes excuses encore une fois d être à côté du sujet je pense qu il faut mieux qu j évite d accaparé dorénavant ton blog et de me contenter de regarder ce que tu postes et laisser place à mes amies et amis qui savent et comprennent
      Bisous😘
      Marwychkka lyly 🖌️🎨

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    3. Euh... Je ne comprends pas ce com Lyly et je ne vois aucune raison de t'excuser de quoi que ce soit. Ceci est un dialogue comme nous pourrions le faire oralement. En prendrais-tu alors à ce point ombrage ? 😳
      Chacun ici est libre de s'exprimer, moi compris... Je regrette que tu te sentes blessée car en aucun cas ce n'était mon intention.

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  4. Et bien, chère Fran, beaucoup de sensibilité dans cette Toile de Yves Le Cunff et dans ton Haïbun, en écho, ta propre sensibilité❤️❤️
    J'aime ces brèves rencontres où il se passe des choses très fortes, juste le temps d'un instant, un échange avec des personnes qu'on ne connaît de nulle part ! C'est ça aussi la Vie ! Là, la forme du Haïbun convient parfaitement, Bravo ! Belle journée, Bisous

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    1. Merci beaucoup Soiz. Oui le haibun s'est invité de lui-même et je suis heureuse que tu l'accueilles aussi bien😘😍😊

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  5. Quel beau partage, cette toile pleine de soleil ainsi que ton texte. Pas de hasard une énergie, une connexion qui nous dépasse et qu'il serait vain de tâcher d'expliquer. Formidable !

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