Claudine Lorent et le kaléidoscope des âmes en peine

Née en 1951 à Charleroi, infirmière en unités de soins intensifs pendant 28 ans dont 18 de nuit, Claudine Lorent a  également enseigné pendant 5 ans en tant que maître de formation pratique et chargée de cours. Claudine avait pour projet d'écrire un livre sur sa maladie. Sur la souffrance engendrée par cette maladie, le calvaire de la chimio, la méchanceté des gens et l'indifférence des gens face à la maladie. Elle a combattu pendant 7 ans contre ce crabe. Trois opérations, des rayons et de la chimio pendant 7 ans. Elle souffrait en plus de fibromyalgie et d'une allergie au froid ( une différence de quelques degrés pouvait lui causer un choc vagal ). Elle a toujours travaillé sauf lors des opérations évidemment. Elle a choisi l'euthanasie lorsque les métastases sont arrivées au cerveau pour mourir dans la dignité. Elle était une personne admirable. Ce livre est une illustration de nos souffrances. La couverture a été faite par ma nièce Mélanie Lorent et illustre pour moi vraiment ce thème.

Liliane Lorent




Extraits du recueil de poésie, Le kaléidoscope des âmes en peine
 
J'avais fait un rêve...

Que ce recueil de poèmes écrit à quatre mains soit la potion magique qui te protégerait. Je t'en avais confié les rênes te rappelant parfois le nom d'une maison d'édition qui pourrait nous convenir à toutes les deux, te demandant où tu en étais, sans jamais insister... Un triste jour, tu m'as confié que tu souhaitais que je reprenne la direction de notre œuvre commune. Mon cœur a saigné en silence de cette décision et j'ai attendu que tu me transmettes les textes et leurs éventuelles modifications. La maladie courrait plus vite que tes désirs et j'ai reçu ces écrits après ton grand départ. J'aurais voulu que ce recueil qui parlait tellement de toi t'accompagne lorsque tu es partie. Ce ne fut pas le cas. J'espère que toutes les lecteurs qui liront tes textes emporteront dans leur cœur cette photo de toi, l'image d'un être rare qui n'a jamais baissé les bras soutenant autour d'elle sa famille, ses amis, des élèves en proie au doute et en difficulté. L'image d'une personne au-delà du courage qui s'est battue pendant sept ans contre une maladie qui ne lui a jamais laissé un seul jour de répit. D'une mère et grand-mère aimante, d'une sœur irremplaçable, d'une personne de conviction qui défendait les animaux, s'indignait de toutes les injustices, d'une parente attentionnée, d'une amie exceptionnelle, d'une personne en souffrance. Le portrait d'une personne qui voulait mourir dans la dignité et qui est partie fidèle à ce choix entourée des gens qui l'aimaient.

Je garde dans mon cœur la vision de cette grande sœur qui était mon modèle, cette personnalité irremplaçable que j'admirais et que j'aimais plus que tout. Cette femme hors du commun qui me manque à chaque seconde de ma vie.

Liliane Lorent


Souffrir

 

Souffrir, oui ! Mais pourquoi ? Pour vivre, oui mais comment ?

Étendu dans un lit sans le moindre mouvement,

Les deux yeux bien fermés pour cacher sa souffrance !

Attendant le sommeil, unique délivrance.

 

Souffrir, oui ! Mais pourquoi ? Pour vivre, oui mais comment ?

Étendu dans un lit sans le moindre mouvement,

Les deux yeux grands ouverts écoutant en silence

Les battements de cœur d'une vie en partance.

 

Mourir, oui mais pourquoi ? Pour vivre autrement,

Pour être vraiment moi et partir dignement,

Autrement qu'un gisant étendu immobile,

Autrement qu'un gisant, pétrifié, inutile !

 

Faut-il vraiment souffrir jusqu'au moment ultime,

Pour tous ceux qui vous aiment et veulent vous garder.

Faut-il vraiment mourir sans la conscience ultime

Du monde que vous quittez, de ceux que vous aimez ?

 

Mourir... Oui mais comment ? Épuisé mais conscient

De la vie qui s'enfuit, de ces derniers instants,

Saluer d'un regard, redire son amour

À tous ces cœurs meurtris que vous aimerez toujours ...

 

Claudine

 

L'oubli

 

J'aimerais décider de partir vers la nuit

Pour cesser de souffrir, d'être source d'ennui.

Depuis longtemps déjà, ma vie est un enfer

Que n'imaginent pas ceux qui me sont si chers.

 

Quand le soleil se lève sur mes trop courtes nuits,

Je retrouve l'espoir, recherchant sa chaleur.

Quand le soleil se lève sur mes trop longues nuits

Je sais qu'il ne peut rien pour calmer la douleur.

 

De la nuit jusqu'à l'aube, je suis fatigué d'être,

Luttant pour résister, épuisé de paraître.

Je lutte pour parler, pour penser, pour sourire

Quand ma seule pensée est de ne plus souffrir.

 

Je viens de décider de partir vers la nuit

Où douleur et souffrance ne règnent plus en maître

Je viens de décider de partir vers l'oubli

Pour devenir moi-même et cesser de paraître.

            
Claudine





 

Commentaires

  1. Merci Fran, merci pour cet hommage rendu par une belle personne à une belle personne.
    Trois ans déjà qu'elle a choisi de partir dans la dignité.
    Trois ans que sa voix, son humour, ses indignations sont devenus des souvenirs.
    Quelle richesse de l'avoir connue.
    Quel silence sans elle.
    Liliane Lorent - Auteur

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    1. Mon plus grand souhait serait qu'elle se reconnaisse dans ce portrait rapide et fait sans la connaître si ce n'est à travers ton regard et ta profonde affection pour elle. Les poèmes de ce recueil sont une pure merveille au niveau de l'écriture et de l'expression de la souffrance que nous traversons tous, un jour ou l'autre car ainsi va la vie aussi... la mort est incluse dans la vie, mais soulager la souffrance devrait être une priorité absolue.

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  2. Et bien... je suis très très émue...
    Les deux poèmes de Claudine, ta vidéo avec ces photos me remuent énormément.
    Un bel hommage à une belle personne dans la Lumière !
    Merci chère Fran
    ,Courage à sa soeur, Liliane 😘😘😘

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    1. Merci à Claudine surtout car ces poèmes sont percutants. Et bien sûr merci à Liliane d'être allée jusqu'au bout de cet ouvrage malgré la profondeur de la peine encore si présente. Toutes deux partagent avec toi l'amour des chats.

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    2. Ce livre comme cet hommage de Fran Nuda sont encore une souffrance et en même temps un baume sur cette souffrance.
      Claudine a mené cette épreuve comme elle a vécu, avec un courage inoui, avec honnêteté, avec humour.
      Son départ a été et reste un tsunami pour tous ceux qui l'aimaient.
      Merci Soiz pour vitre empathie.

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  3. Quelle résignation ! Quelle solitude ! Quel desarroi !
    Le crabe fait souffrir et fait le vide autour comme s’il etait contagieux .
    Une seule issu ; fuir
    Bien triste Fràn ...

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    1. Syl ...
      j’ai réussi en inconnue

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    2. Et deux fois à suivre en plus...😘

      Concernant le crabe, tu sais toi aussi ce qu'il en est au-delà du supportable alors respect. Merci d'être là, pour Claudine.

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    3. Merci Sylv pour votre commentaire.
      Claudine a dès le début de sa maladie définit jusqu'où elle acceptait d'aller.
      Elle était infirmière. Elle voulait mourir en gardant sa dignité.
      Elle a traversé sa maladie (trois opérations - 7 ans de chimio - de rayons) avec force -courage et détermination et humour).
      Lorsque nous partagions nos poèmes, nous parlions de trouver un sponsor avec kleenex.
      Il n'y a pas un jour qui passe sans que mes pensées ne se tournent vers elle.
      Ce livre est un hommage et un testament.
      Fran est pour moi une personne aussi lumineuse que Claudine l'était.
      Merci pour cette empathie à Fran et toutes les belles personnes qui rencontreront Claudine à travers cette vidéo et ses textes.

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    4. Bisous Lyly .
      Syl

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    5. Oui je sais Fràn, mais de l’autre côté , celui qui te ronge et te mine , celui qui te rend tellement impuissante, spectatrice , alors que tu ne demanderais pas mieux de prendre la place de l’etre Tant aimé qui souffre .
      Toi tu restes là et autour tu ne sais pas en parler ... qui peut comprendre .
      Oui le vide se fait , oui aussi comme si tu n’avais pas assez souffert , tu peux compter les amis qui restent sur les doigts d’une seule main . Mais c’est après ‘! Ton amie devait être déjà seule avant, donc pendant et après inutile d’y penser .
      La plupart des gens fuit, le malheur n’est pas agréable à partager, c’est pas une épidémie mais presque .
      Allez bonne soirée . On n’a pas fini de voir partir ceux qu’on aime avec cette saloperie de cancer , et même peut être y avons nous déjà un billet de retenu !
      ����

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    6. Merci pour votre message.
      Le cancer a toujours et fait encore peur.
      Claudine a été soutenue par sa famille, ses enfants, ses amis.
      Il n'est pas nécessaire de parler des autres qui se sont détournés.
      Mais quel que soit le soutien, face à la douleur, face au tic-tac de l'horloge, face à l'évolution implacable de la maladie, on se retrouve seul et même en tenant la main de l'autre, on part seul de l'autre côté.
      Ce parcours rend lucide.
      Il n'empêche pas la joie d'entrer dans la maison.
      Oui dans nos conversations pluri-quotidiennes, nous parlions du cancer, de l'euthanasie qui se profilait un peu plus chaque jour mais nous parlions de ses enfants, petits-enfants, de nos acteurs et livres préférés, de nos chats, de nos indignations avec beaucoup de rires en étant conscientes de nos larmes.
      Dire qu'elle me manque est un doux euphémisme.
      Nous étions des jumelles nées à trois ans de distance.
      Elle est à jamais dans mon coeur mais j'aimerais tellement entendre sa voix, son rire ....

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  4. Un bel hommage à cette dame dame d'exception et merci Fran de nous présente cette vidéo, de ses poèmes et le texte émouvant de sa soeur Liliane.

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    1. Merci Patsy.
      Claudine était une personne d'excrption et cet hommage de Fran est pour moi un baume sur la souffrance de son départ même si toutes mes réponses aux beaux messages sont noyées de mes larmes.

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  5. Merci Patsy pour votre message.
    Claudine a été un être d'exception même si elle ne se voyait pas de cette façon.
    Je remercie toutes les petsonnes qui lisent ses textes et surtout Fran qui a permis que cet hommage existe.
    Toutes ces attentions, ces regards, ces mots sont pourvmoi un baume sur ma souffrance même si mes réponses sont noyées par mes larmes.

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  6. Tu viens de me mettre une sacrée gifle avec tes publications. Chacun des mots me sont rentrés dans ma chair. Non, je n'exagère pas. Quelle émotion !!! Cette douceur est une grande violence. Comment rester indifférent? Moi je ne le peux pas, et je n'ai aucune pudeur, mes sentiments sont là. J'hésite, comme je le fais parfois, à te dire merci. Et pourtant ce mal m'a fait un bien fou. Est-ce que c'était magnifique si tant est que l'on peut trouver ces textes de douleur magnifiques? Prenant c'est certain... Merci à vous toutes ...

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    1. Merci Aqr Alpha.
      Au-delà de cette souffrance, merci de souligner le talent de ma soeur.

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    2. Tout revient à Claudine et Liliane et je reçois totalement ton émotion pour avoir la même. Une écriture qui coule comme une source qui nous abreuve au plus profond.

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