De la Mâle-Peur - Leleu - à l'amour et hommage à Patrick Dupond

En ce jour nécessaire des droits internationaux de la femme, impossible de ne pas y consacrer une publication mais voilà, un immense artiste danseur nous a quittés ; alors unir les deux afin de rendre compte combien il serait possible de changer la donne entre hommes et femmes, comme déjà certains hommes le font dans leur vie, refusant les lois drastiques du patriarcat devenu totalement archaïque. Tout vient de là et le livre La Mâle-Peur du docteur Leleu datant de 1988, mis à jour en 1993 est toujours d'actualité en 2021... alors offrir en ce jour un instant de grâce entre homme et femme avec deux immenses danseurs français dont nous pouvons être fiers, et rendre hommage à ce fabuleux danseur au parcours incroyable, bienveillant, loin des critères que le patriarcat a imposé pendant des siècles non seulement aux femmes mais aussi aux hommes. Et c'est bien avec ces hommes bienveillants que nous formerons une société saine et réconciliée dans le respect mutuel des deux pôles nécessaires en chacun pour que de la peur naisse l'amour.

Fran Nuda




 
Extraits de La Mâle Peur, 1993, J'ai Lu
 
 Préface

 [...] Il y a longtemps que les mâles ont pris le pouvoir, imposant au monde leurs propres valeurs et étouffant les valeurs féminines et les aspirations des femmes. C'est par peur de la puissance de la femme, me semble-t-il, que les hommes se sont emparés du pouvoir. Et c'est par peur que cette puissance resurgisse qu'ils s'acharnent à dominer la femme et, au-delà d'elle, les autres hommes et la nature. Cette peur que la femme leur inspire, les hommes ne l'avouent pas, ne se l'avouent guère. Mais tous leurs mots la crient, tous leurs actes la trahissent. Violemment. Ici les mâles refusent les droits civiques aux femmes ; là c'est la prêtrise qu'ils leur interdisent ; là-bas ils cachent le visage des femmes ; ailleurs, ils mutilent le sexe des fillettes ou lapident les épouses infidèles. Réprimées, les femmes, à leur tour, craignent les hommes. Les relations entre les deux moitiés de l'humanité sont ainsi régies par une peur réciproque. Les conséquences de ces peurs sont terribles : pour les individus qui leur doivent la plupart de leurs maux ; pour les sociétés qui leur doivent trop de malheurs. Les hommes y perdent autant que les femmes.

 Les deux pôles, page 288- 289
 
  S'il était nécessaire, pour définir le féminin et le masculin, de brosser des portraits tranchés, il faut s'empresser d'ajouter que les êtres, en réalité, les hommes comme les femmes, sont une composition infiniment variée de féminin et de masculin. La féminité n'est pas la propriété exclusive de la femme, non plus la masculinité celle de l'homme. chaque sexe a une part de féminité et de masculinité.[...]
Hélas, la civilisation patriarcale a manipulé les doses de façon à hypertrophier le pôle masculin de l'homme et à atrophier son pôle féminin, tandis qu'elle réduisait la part masculine de la femme et amplifiait sa part féminine. Cela afin de renforcer l'homme et affaiblir la femme. Ce déséquilibre, qui a permis à l'homme de dominer, n'est en réalité bon ni pour l'homme ni pour la femme, ni pour leur relation, ni pour l'humanité.  La féminité n'a pu s'exprimer - celle de l'homme étant étouffée, celle de la femme contenue dans les limites de la maternité -, les valeurs féminines n'ont pu se réaliser. Par contre, la masculinité a triomphé et a imposé ses valeurs ; les unes étaient bonnes pour le monde, les autres funestes ; presque toujours, et c'est l'agressivité, dans ce qu'elle a de destructeur, qui l'a emporté.

Un triste constat, pages 289-290
 
 Voilà trente mille ans que les valeurs masculines dominent le monde. Force est de constater que les civilisations qu'elles ont inspirées sont des échecs : elles n'ont pas réussi à harmoniser les relations entre la femme et l'homme, entre les citoyens et entre les nations. La mâle peur, le mâle-être, la guerre, la torture, l'exploitation de l'homme par l'homme, le matérialisme, l'affairisme, la destruction de notre mère terre en sont les fruits. Les religions, que les hommes ont inventées, ont été détournées de leur inspiration première pour devenir les instruments de la répression de la femme et du corps. Pire, elles ont été le prétexte à d'innombrables tueries. Les doctrines socio-économiques sécrétées par les hommes - tels le capitalisme ou le marxisme - ont créé des sociétés où il ne fait pas bon vivre ; la science elle-même - acquis de l'ère masculine qui aurait pu être bénéfique - se retourne trop souvent contre les humains : le progrès technologique ne peut apporter le bonheur à l'humanité sans progrès éthique. La civilisation patriarcale a engendré un monde violent, cruel, inhumain, peuplé de frustrés, d'angoissés, de névrosés, de tueurs. Elle a conduit l'humanité au point critique où elle se trouve : au bord d'une catastrophe mondiale, d'ordre écologique ou militaire. Le pouvoir masculin est incapable de construire le bonheur des humains ; sa faillite est évidente.

Il ne nous reste qu'une chance de survivre et d'inventer un monde meilleur : renoncer à la prépondérance des valeurs masculines, épanouir les valeurs féminines. La véritable alternative qui s'offre à nous ne consiste plus à choisir entre le libéralisme et le socialisme, mais entre la perpétuation d'une civilisation machiste et sado-masochiste et l'inauguration d'une société où l'on permettra aux valeurs féminines de s'exprimer, une civilisation vraiment humaine. Rendre à l'humanité les richesses de la féminité, ce n'est pas seulement lui donner les moyens d'un nouvel âge, c'est assurer sa survie.

La nouvelle société, pages 307-308
 
  [...] Hommes qui m'avez lu, ne croyez pas que j'aie cédé à une tardive révolte contre le père, non plus qu'à un accès d'humilité. Non, c'est l'Histoire qui nous accable. Et la réalité présente. Sans doute ai-je été injuste dans ma juste colère : ayant exposé nos méfaits, j'aurais dû rappeler ce que nous avons fait de grand aussi. Mais notre génie est connu ; ce qui m'importait c'était de savoir pourquoi il se double fatalement d'un mauvais génie : rien de ce que nous avons fait de bien qui ne soit mis au service du mal ! Rappelez-vous telle religion, souvenez-vous de telle révolution, voyez telle invention : conçues pour nous sauver, elles ajoutent bientôt à nos souffrances. Il faut croire que notre pensée est tordue ou, plutôt, mutilée. La raison en est, parmi d'autres, la guerre que nous menons contre la femme et contre nous-mêmes.

Il nous faut accepter le constat de nos erreurs passées. Il nous faut reconnaître qu'aujourd'hui nous ne faisons guère mieux et que si les femmes ne sont pas épanouies, nous ne sommes pas plus heureux. Nous sommes las des épreuves de force, las de nous stresser pour quelques sous, pour quelques gadgets, las de gaspiller notre vie pour quelques médailles ou quelques galons, las, surtout, de répandre notre sang pour quelques idées folles ou fanées. Et las de jouer : jouer au mec, jouer à la Bourse, jouer à la guerre. Il est temps de chercher d'autres voies. Appelons la femme à notre secours. C'est elle, dans ce qu'elle a de meilleur, qui compensera notre instinct agressif, c'est elle qui nous évitera erreurs et aberrations, elle qui nous dira comment mettre notre génie au seul service du mieux-vivre. Parce qu'elle recèle tant de féminité. Parce qu'elle révèle toute notre féminité. Et de ce fait, nous permet de nous accomplir. Nous pensions la femme notre ennemie, elle est notre avenir. Nous prenions notre féminité pour de la faiblesse, elle est notre chance. "
 

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Commentaires

  1. C'était assez inattendu de fait que ces deux évènements se retrouvent reliés dans un même article et pourtant cela fait sens d'une certaine façon assez naturellement... Mako

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    1. Merci ! Oui c'est aussi ce que j'ai ressenti tout en sachant qu'à priori cela paraîtrait assez surprenant voire incongru.

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